Récit de course · 20 octobre 2019

Le marathon du P'tit Train du Nord

Zéro degré au départ, un objectif de 3 h 20, et aucune idée de ce qu'était le marathon de Boston. Voici le récit du jour où tout a basculé sans que Simon s'en rende compte sur le coup.

Avant le départ

Un objectif modeste, un mystère complet sur le reste

Ce n'était pas dans les plans de Simon. Il ne savait même pas ce qu'était le marathon de Boston à l'époque — un Major, l'un des marathons les plus prestigieux au monde — et encore moins que le standard de qualification pour son groupe d'âge était de 3 h 10. Même le connaître n'aurait rien garanti : se qualifier ne veut pas dire obtenir une place, et il faut parfois retirer cinq minutes de plus au chrono minimal pour être vraiment certain de passer.

Son seul objectif ce matin-là : battre son record personnel de 3 h 30, établi à Toronto. Il visait quelque chose entre 3 h 20 et 3 h 25 — ambitieux, mais raisonnable. C'était aussi la première fois qu'il courait le P'tit Train du Nord au complet, et les longues lignes droites bordées d'arbres à perte de vue de cette piste linéaire s'annonçaient comme un défi mental en soi.

Il faisait zéro degré au départ. Simon et les autres coureurs gelaient sous un vieux hoodie acheté au Village des Valeurs — le genre qu'on porte pour se réchauffer sur la ligne, puis qu'on laisse là pour les gens dans le besoin une fois la course lancée. À ses côtés, Alex, son best buddy de course : ils couraient toutes leurs courses ensemble, à peu près à la même vitesse. Des amis étaient venus les encourager, postés à différents endroits le long du parcours.

Km 0 à 10

Un départ un peu trop bon

Ça allait trop bien. Simon a lancé les premiers kilomètres à 4:20 min/km — puis, autour du 5e km, sans même s'en rendre compte, il roulait déjà à 4:05.

Km 10 à 30

L'énergie qu'Alex n'avait plus

Le milieu de course s'est déroulé sans accroc — Simon tenait son rythme entre 4:05 et 4:10 min/km depuis un bon moment, sans jamais vraiment souffrir. Mais c'est un tout autre moment qui reste gravé.

« Le meilleur moment — c'est pas fin pour Alex, mais c'est quand je l'ai senti ralentir. Lui aussi avait le même objectif que moi au départ, 3 h 15-20. Alex a dix ans de moins que moi et on court à la même vitesse d'habitude. Alors le savoir en difficulté à son âge, pendant que moi ça allait bien, ça me faisait me dire : continue, tu es plus fort qu'Alex, même si tu es plus vieux. Ça me motivait de me sentir ainsi. C'est comme si je prenais l'énergie qu'Alex n'avait pas pour avancer... Merci Alex ;) »
Simon Bonnallie

Pour garder la tête froide pendant ces longs kilomètres, Simon fait ce qu'il fait toujours en course : des calculs. Constamment. Toutes sortes de scénarios de chrono possibles, en boucle — ça le calme.

Km 30 à 40

Le mur, pile au 32,5e kilomètre

« J'ai commencé à le sentir venir, mais c'est au km 32,5, exactement le fameux mur ! Mais c'était pas un trop gros mur — j'ai descendu à 4:40-50. »
Simon Bonnallie

Ce qui frappe : même au cœur du mur, Simon n'a jamais lui-même fait le lien avec le standard de Boston. Il ne savait tout simplement pas qu'il était en train de courir un temps de qualification. Ce sont les autres, après la course, qui lui ont dit de vérifier son chrono.

Les derniers kilomètres

La ligne d'arrivée, visualisée d'avance

Simon avait pratiqué la fin en tête avant la course, visualisé chaque détail — à quatre kilomètres de l'arrivée, il connaissait déjà par cœur la chronologie du paysage qui l'attendait.

« C'était hot ! Surtout quand l'animateur dit ton nom au micro. J'étais fier — j'étais LOIN de mon objectif, mais dans le bon sens ! »
Simon Bonnallie

Chrono final : 3 h 06 min 25 s. Presque vingt minutes sous son objectif de départ.

« J'ai toujours une petite émotion, les yeux pleins d'eau — je sais pas trop pourquoi. I guess c'est de la fierté, un trop-plein d'énergie, un relâchement parce que c'est fini. »
Simon Bonnallie

Après coup

« Shut the front door »

« J'ai utilisé mon expression préférée : "Shut the front door...!" J'en revenais pas. C'était fou. Il n'y avait même pas deux ans, je ne courais même pas — et là, j'étais qualifié pour un Major ! »
Simon Bonnallie

Ce jour-là a changé quelque chose de plus profond que le chrono. Simon réalise que ce n'est pas tout le monde qui a cette chance — et il en reste profondément reconnaissant. La qualification était faite. Restait à découvrir que la ligne de départ de Boston, elle, allait attendre encore trois ans.

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Saint-Sauveur, Laurentides · Coaching à distance partout au Québec